jeudi 22 avril 2010

Le pantin et le robot

Je voulais coucher sur cet écran, des images : événements qu'un montage pourrait assembler, disjoindre ou mettre en parallèle.
L'un a trait à un homme élégant vêtu de gris, l'autre à un homme vêtu d'un anorak.
Sur la rue droite, qui ressemble à un I qui s'enfonce dans un cône d'ombre, tous les deux marchent et se dirigent vers la même direction, mais aussi parfois se croisent.
Moi aussi, comme tant d'autres passants, j'ai marché dans cette rue droite, rectiligne qui semble aller vers l' infini, et je l'ai traversée au même endroit qu'eux, apercevant au delà des hautes grilles qui forment comme des garde-corps, les allers et venues des longs trains de banlieue aux bruits sourds.
J’observais souvent les gens qui regardaient sidérés ces allers et venues, ces flux incessants.
Moi aussi, je restais muet et sidéré comme le petit homme présent sur le bord gauche d dans les films de Tati, observateur, observant.
Or, il n'y avait pas grand chose à voir: il fallait juste écouter, et fermer les yeux, se laisser emporter par les bruissements de la ferraille et de l’acier qui glissant l’un sur l’autre, comme deux peaux grondaient, feulaient.
Parfois, dans la nuit, je me plais à marcher et à observer dans le silence les lumières clignotantes des gares- lumières plus ou moins vives.
Gares qui dressent leurs contreforts, leurs hautains frontons dans la nuit.
Une nuit, ayant parcouru peut-être en un rêve
halluciné cette rue droite, droite comme en I.
J’ai croisé le regard de ces deux hommes.
L’un le matin au complet veston gris marchait droit, raide comme un I, raide comme cette rue, l’autre le robot au visage, visage couleur de brique.
Visage ou plutôt masque, visage tanné comme celui d’un indien a continué droit son chemin dans la rue.
Aucun cri n’est sorti de sa gorge, et dans sa silhouette, dans son cheminement, tout paraissait effrayant.
Il paraissait sans émotions, j’ai cru discerner ou voir chez lui l’allure d’un robot.
Ainsi cette histoire qui finit s’appelle : « le pantin et le robot ».

vendredi 9 avril 2010

LA 3D, c'est mieux !

Je suis allé voir hier soir un film de Tim Burton, réalisé -en 3D s'il vous plait
Pour moi, jusqu’ici La 3D désignait chez Bahlsen un nom de crackers sophistiqué. Désormais on en fait du film : La 3D
La 3D : c’est le nouveau truc à la mode, on en parle, on en parle.
La 3D : une mode qui se démode et qui refait du neuf à partir du vieux( comme la politique, le football ou la haute-couture et pas mal d’autres domaines).
Le procédé et son exploitation commerciale doivent dater des années cinquante et aujourd’hui on vous présente sur un plateau cette antienne du film en relief.
« Vous allez voir ce que vous allez voir ! » : gueulait Monsieur Loyal et ben on a vu.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait le déplacement pour en voir un de ce genre de films bizarres, un peu ennuyeux fondés sur les patterns proposés par Final Draft pro.
Immédiatement, j'associe à ce déballage de technologie, cette autre image : un barbu à casquette, tout droit sorti de chez Cameron devant son banc de montage qui dit à Burton pendant l'écriture du script ou en post-production.
: « tu veux quoi là ? Une scène calme ou une scène speed ? Je te mets un moment de climax parce que là les spectateurs risquent de s’endormir dans 18 minutes, Quand c’est qu’on la fait se déshabiller ça manque un peu de sexe, tu trouves pas ? Ah, merde, on est chez Walt Disney.
et la Burton d'acquiescer" ouais ! Cool, vas y rajoute un peu de ralenti , rajoute aussi du flair sur le dragon".
Consternant à souhait.
Je vous épargne la scène ultra-soporophique de la calèche, les intérieurs victoriens kitsch, la cérémonie de mariage assortie des, témoins avec la duègne qui recommande à la jeunesse en robe bleu nommée Alice je ne sais plus trop quoi, avec ses dialogues avec des subjonctif, dialogues, alambiqués, compassés : comme ils font en voice over, dans les téléfilms américains.
Je vous épargne aussi la scène solennelle, une cérémonie très bien rangée de réunion Wasp entre les buis taillés.
Allez, d’accord, vous allez vivre une expérience extraordinaire et unique, oui ! Oui, c’est de La 3d, puisqu’on vous le dit, puisque c’est la tendance.
La 3D, c’est dans le coup.
D’emblée un dispositif médico- guerrier vous fait avaler la pillule : oui bien sur, que ça va changer votre vie, puisqu’on vous l’a déjà dit : vous allez vous chausser de lunettes aux verres bicolores pour regarder un écran aux images baveuses parce que tournées avec un léger décalage optique.
D’ailleurs un employé vous les tend avec son air d’huissier comme si vous alliez être le cobaye d’une expérience de laboratoire.
Sans les lunettes, j’ai essayé ça ressemble à une image télé un peu déréglée.
Une image dans les tons jaunatres et violacés.
Bon d’accord, d’accord, mais à tout bien considérer, c’est un peu pauvre et réduit comme procédé.
Un truc d’attraction foraine, sans la sensation de mouvements indispensable aux sens et aux émotions. Remarquez que je n’adhère pas des masses à ce genre d’attractions à vous faire dégueuler un quatuor de jeunes filles en fleur qui portent des robes bleues comme Alice
On louera les qualités du chef opérateur numérique au nom polonais, travaillant chez ASC America, qui a fait du très très beau boulot technique
On louera l’inventivité de l’habilleuse qui a sut marier le style écossais nouille avec les haillons, les tenues en faux aluminum, tenues de chevaliers, chevalières à rallonge, on saluera le set designer, la communauté des nerds qui ont planché pendant des milliers d’heures de calcul pour concevoir ce superbe effet de panoramique ascensionnel beau comme dans une pub pour une boisson pour enfants ou pour une banque.
Il y a deux ou trois autres plans grues croquignolets qui ressemble à des publicités pour Nike sans footballeurs.
Merci aux techniciens.
Le film ? Le scénario.
Là, non plus, une nouvelle fois, je n’ai rien compris, mais je ne crois pas que c’est très grave.
Quand à la 3D, à ses modalités d’application dans le champ cinématographique, comme on dit chez les branleurs de mou.
Je vois pas à quoi ça sert durant les trois-quarts du film.
J’ai seulement saisi, que les sous-titres jaune cernés de noir en volume , s’avançaient comme un marchepied devant un train et ça c’était très beau surtout pendant une heure et demie, souvent les monstres donnaient des coups de langue, ou voletaient pour un oui ou pou un non devant vous, parfois les scènes étaient ultra-stéréotypées fondées exprès sur une expression de déjà vu comme le bouquin de Carroll, les mimiques des lapins sauteurs ressemblaient à celle de pantins dégingandées dans la vitrine de chez Macy’s ou des galeries Lafayette.
Vous noterez, si vous y allez, vous noterez les petits plissements des lèvres, et les clignements d’yeux des uns et des autres...
Et puis, ils ont une nouvelle gestion des calques sur Photoshop et After-effect, ça en devient impressionnant : trente deux couches ont été nécessaires pour faire les brins d’herbe, et les détails des champignons.
Ah, j’allais noter aussi une scène avec un moulin hors d’usage, et sans âge, qui forme un fond pour la meilleure scène du film au caractère idyllique, onirique.
Une scène avec l’apparition de Johnny Depp déguisé en chapelier, me faisait penser à celle du déjeuner dans « Solaris » de Tarkovski mais ça, je crois qu’il n’y a moi qui ai vu ça.
Reste une grosse tête rageuse, vociférant, pas mal faite, insérée dans un buste numérique écarlate comme un rouge-gorge, une collection de robots numériques orange échappés d’un logiciel de chez Toy Story, deux ou trois dragons, deux skinheads aux langages absurdes faisant peut-être écho à Celui de Lewis Carroll, et le beau travail de Johnny Depp qui a du s’ennuyer ferme entre électrodes et fond bleu- fond vert et souvent on s’aperçoit qu’il était bien seul, avec son visage triste à la Chaplin, pendant le tournage cerné par le vide qu’allaient remplir les images numériques pensé par des ingénieurs très enthousiastes.
Il a du en passer des heures dans sa caravane.
Le palliatif à tout ce déballage de technologie désarmant d’ingénuité, parfois sans queue ni tête.
Un bon plan fixe.
Justement, celui de la fin, bien fixe, avec ces apparitions de champignons, quasiment immuable, ressemble à s’y méprendre à un gros plan sur la grille d’un cimetière de Highgate ou à celle d’un sex-shop gothique de San Francisco.
En fin de compte, là 3D ça va vraiment vous changer la vie.