jeudi 17 février 2011

Winter's Bone, 2010, 2010 - Etats-Unis - Drame - 1h40

Winter's Bone est un très grand film qui ne vous séduira pas des artifices ou quelque subterfuge que ce soit
Winter's Bone est une fiction qui impose la force d'un regard d'un réalisme documentaire saisissant.
Son genre appartient à ce qui a contribué depuis toujours à la richesse et à l’inventivité du cinéma américain : la modestie de son projet; l’histoire d’une lutte pour un territoire et sa survie.
Winter's Bone est aussi le second film réalisé par Debra Granik qui avait mis en scène en 2003 : " Down To The Bone".
D'Os en Os, Winter's Bone finit donc par ancrer en nous une réalité sociologique topographique étrange et inconnue et pour cause c’est celle d'un village un peu moche, un village perdu au fin fond du Missouri près d'immenses forets, celle de cette Amérique profonde, rurale qui connait plus les museaux des vaches et les champs de mais que les trottoirs de goudron.
Winter's Bone a été inspiré par un roman de Daniel Woodrell que je n'ai pas lu mais qui a fourni sa trame au récit traité sous la forme d'un quasi huis clos très angoissant, un récit flimique tapi d'ombres et de fantome et qui lui procure sa dynamique et ses péripéties, son caractère entropique.
Ce film est servi par une photographie qui magnifie les intérieurs souvent sous-exposés et les visages de ses personnages attachés à leur fratrie comme des clôtures à leurs poteaux.
Tous vont s'affronter dans un règlement de comptes aux lois tacites.
Par le biais d'un cadre aux images très statiques, l'action semble à chaque instant suspendue; les images semblent là pour affirmer, attester d'une certaine distance prise avec une fiction et une histoire et sacrifient peu au rite de l'histoire classique dans sa complexité et sa construction mécanique,l'échelonnement de son séquencier.
De même, ce film finit par installer son rythme ainsi qu’une très grande fluidité dans les agencements de ses séquences.
Il y a là un jeu complexe, un échange entre la présence saisissante des acteurs et les objets possèdent leur autonomie au sein des plans de coupe.
On pense au premier court-métrage " Tissues" de Jane Campion qui suspendait aussi son action
L'histoire est celle d'une jolie jeune femme blonde assiégée sur son propre territoire, sur un territoire qui ne lui appartient déjà plus, puisque la maison qu'elle habite est déjà l'enjeu d'une caution financière, comme dans un western, les chasseurs de prime et les sheriffs désabusés rodent près du repaire des bandits et de sa famille.
: Ree Dolly force brute, est un roc au regard volontaire qui sait donner du poing quand quelqu'un l'emmerde.
Ree Dolly a 17 ans protège ses deux frères et sœurs et veille sur eux, mais pour récupérer sa maison, elle est entrainée à chercher son père disparu dans la nature...
Ce qui reste très séduisant sans l'être dans ce film est son caractère impénétrable, distant qui contrecarre ou renforce l'âpreté des comportements de ses personnages, des red necks violents et taciturnes habillés de vêtements qui ressemblent à des uniformes sudistes.
Pour pondérer et créer un peu de spectacle, comme chez Hawks ou Ford, Debra Granik n'hésite pas à jalonner son récit de scènes de veillées à l'ancienne ou des mamies chantonnent qu'elles sont encore des rouges-gorges ou des vieux jouent du banjo, ou de séquences qui montrent une démonstration d'armes de fans de la NRA qui passent leur dimanche à pétarder des faisans avec des fusils automatiques...
Winter's Bone n'est pas un film séduisant, c'est un film, dur, âpre, "harsh", difficile à regarder, un film où tout le monde y compris l'héroine va perdre ses certitudes mais jamais sa dignité : elle reste forte, très forte, "Winter's Bone" film sans concession montre la bêtise d'un clan qui défend sa part de territoire et des petits riens.
Ce film porté par une jeune actrice : Jennifer Lawrence , actrice magnifique qui impose sa présence a la trajectoire d'une tragédie qui ne révèlera rien sinon une exaltation des passions froides sous un ciel gris et terne.