lundi 6 décembre 2010

vendredi 19 novembre 2010

mercredi 3 novembre 2010

vendredi 29 octobre 2010

vendredi 22 octobre 2010

mercredi 1 septembre 2010

mercredi 25 août 2010

Van Gogh' touch

Van Gogh et sa vie heurtée ont donné naissance à deux grands films : celui de Pialat et celui de Minneli.
Chez Pialat, c'est l'aspect atone, dépressif du peintre marginal devenu un pauvre figurant au milieu d'un peuple qui bouge et qui vit, qui a été retenu.
Chez Minneli, c'est le choix d'une documentation scrupuleuse des faits,des actes,des oeuvres des événements fondue enchainée aux splendeurs du technicolor qui irréalise, délave parfois les apparitions de Van Gogh et les paysages filmés qui forment et font référence aux tableaux devenus légendaires.
Force est de constater que je n'avais jamais réellement vu ce film, trop souvent entraperçu à la télévision ou vu négligemment; film dont le jeu, très "année cinquante", jeu fondé sur l'identification entre Kirk Douglas et le mythe de Van Gogh me paraissait hors d'age et dépassé.
Je me trompais : l'interprétation est superbe, monolithique parfois mais pleine de nuances et affleurant à une étrange incarnation, comme si l'acteur avait absorbé l'ADN du peintre.
Bien sur, il y avait aussi ces images qui semblaient s'inscrire droit dans une forme de poncif : les borinages, la mort et les corbeaux, mais c'est etre injuste que de s'arreter à ces clichés.
Ainsi, pendant longtemps le " Van Gogh " Film dont l'aspect pictural, jaune " pailleux", un peu vieillot m'avait donc longtemps rebuté.
Pourtant si l'on considère seulement progression dramatique fondée sur une gradation des couleurs, alors tout n'est qu'émerveillement : splendeur des noirs se détachant sur fond bistre et marron, auquel succède l'aspect irradié et solaire du filmage de l'errance du peintre brulé par le soleil et le mistral sur la route de Tarascon.
Jamais la couleur filmée n'a été aussi parlante.
Une scène étrange montrant Van Gogh s'accrochant à son chevalet et Gauguin peignant au milieu du déchainement des éléments et du mistral m'a surpris par le climat onirique qu'elle distille, atmosphère presque en suspension où le rouge d'une fausse vigne peinte, les actions coordonnées, rythmées des ouvrières restituent parfaitement cet atmosphère de reve éveillé qui irrigue en permanence ce film.
Un chemin de croix jalonné de tableaux.
Un peintre perdu nommé Van Gogh cherche sa vérité au milieu du chaos tandis qu'avec la couleur un réalisateur nommé Minneli s'emploie à la restituer avec audace et perspicacité.

mardi 24 août 2010

lundi 28 juin 2010

Relisez le dossier, c'est marqué, ils ont lu mes positions.

( Version 6 )

Qui es tu Julien Darbon ?

Je suis opérateur de marché
Au fond d’un Backoffice
Je suis trader
Je travaille pour True Colors
Une banque
Une très grande banque qui gèrait autrefois des petits placement à la papa
Une de ces multinationales bancaires qui désormais spéculent
Et gravitent en de multiples points
Du monde
J’achète et je vends
Tel est mon métier
J’achète et je vends en trois clics
Trente secondes suffisent
Je vends et j’achète
Oui c’est ça mon métier
Je suis un homme qui est payé pour vendre ou acheter et vendre et le seul fait que parfois je vends ou je perds ne me rend aucunement responsable de ces pertes
Car pour tout le monde planté devant son écran
le réel s’est vite transformé en une planche savonneuse et glissante
Le réel est une goutte d’eau lissant un beau miroir
Le réel m’échappe à chaque instant
Le réel glisse et fuit entre mes doigts
Les images s’en vont et se juxtaposent
comme l'eau sale d'une vieille vaisselle
Mon réel c’est :
Risques de réserves
Arbitrage
Valeur intrinsèque
Sous-jacents
Turbo warrant
Spil
Spiel
Agrégation des automates
Vous y comprenez quelque chose vous ?
Ou vas-tu Julien Darbon ?
Je ne sais pas
Je ne sais pas ou je vais
Je ne suis qu’un pion
Un planton
Factotum
Un rouage de plus dans la machine
Si je savais ah si je savais
Je n’ai qu’une certitude
Mes supérieurs m'ont demandé de prendre des positions spéculatives
Des positions de 50 milliards, on ne peut pas, c'est psychiquement inhumain
et pourtant
Je suis Julien Darbon
J’achète et je vends
Je vends et j’achète
C’est ça mon métier
Ou vas-tu Julien Darbon ?
Je ne sais pas ou je vais parce que mon métier c’est d’acheter ou de vendre
De dire non ou de dire oui
En cliquant sur ma petite souris
Trois fois
Ou vas-tu Julien Darbon ?
Ca si je le savais
Pourtant, ça toi tu le savais
C’était ça ton secret Julien Darbon
A la fin de ta journée
Habitée de murmures et d’ombres
Soliloques, silences
Chuchotis de tes comparses
Qui ressemblent à des machines jusque dans la mécanicité intense
De leurs blagues éculées et de leurs rires pendant les pauses
Tu es pourtant un homme comme les autres
Julien Darbon
Pétri de paradoxes et de contradictions
Epris de la vérité de la matière
Sidéré par les images
Sillages de murmures et d’ombres
Soliloques
Chuchotis de tes comparses
Aux gestes attitudes régulés compassés
Vêtu de costumes gris, costume noirs
Chemise rose rayée
Col blanc
Chaussures noires à lacet lilas
Mais un jour Bam ! Tu t’es décidé
A prendre des engagements fictifs
Et alors tout s’est volatilisé
5 milliards
Volatilisés, s’irisant
Non, mais si c’est pas possible tu te rends compte !
Figé sur ta chaise entre quatre murs dans le silence d’une tour de verre
Transparente, translucide imputrescible
Entre quatre réservoirs d’eau et, bureaux qui jalonnaient ou limitaient ton quotidien
Et toi qui si souvent quand les écrans et chefs t’ observaient
La honte te retenait
De prendre ton portable et de révéler à la presse les limites floues de ce monde
Leur monde
Car désormais tes jeux sont des enjeux ou « positions » de 50 milliards
50 milliards c’est un thriller
Un thriller
Qui ne fait plus peur à personne
Car tout semble réversible et non irréversible
Le réel est à la portée du virtuel
Dans ce monde, dans ton monde aux limites floues et confuses
Qui ressemble désormais à un Casino
Ou tout se jette et tout se vend
Les limites ont été dépassées
Encore eut-il fallu qu’elles soient d’abord fixées
Moi toi le savais-tu toi-même, en te regardant ?
En te rasant le matin
Qui tu étais Julien Darbon ?
Qui t’avait fabriqué
Qui t’avait formé, formaté, déformé ?
Le savais-tu toi-même Julien Darbon ?
Pour l’instant, éteins, anéanti, exsangue tu lis les bannières publicitaires
Qui nagent à la surface des écrans ;poissons aux ventres retournés
Tu regardes le nom des destinations idylliques où tu n’iras jamais
Parce que le temps et l’envie te manquent
Dans le même instant par un rai de lumière les deux immenses fenêtres de la salle de marché et leurs stores
Filtrent du dehors l’image floue et confuse
De parcs et de jardins, d’allées, de malls où se promènent des touristes hagards
Et titubants
Pour l’instant tu rêves ta vie et tu te dis au fond de toi-même
Après tout
Si je claquais rien que
5 milliards
5 milliards flambés, dissipés puis allumés en lettres de feu au fronton d'une multinationale bancaire
Si je me faisais peintre et que je peignais le ciel
Au fond, les amis, je sais qui je suis
Je suis Julien Darbon
C’est une donnée inaliénable
J’achète et je vends
Voilà huit ans que je travaille pour une banque d’investissement
de financement
True Colors
Depuis des semaines, je suis las de ce monde ancien
Au fond de ma tour qui ressemble à une bouteille d’eau
Fatigué de tout comme un nageur abandonné, harassé seul près du rivage.
Ordres passés, dossiers remplis de tableaux de chiffre
Rumeur confuse des titres, titrisations.
La route qui me mène désormais
Le chemin est irréel et angoissant
Toutes ces activités programmées et hautement prévisibles
Je sais ce que je vais faire
Je vais créer mon programme
Du sacré, il faut du sacré !
Avec juste un milliard d'euros, vous, vous en auriez surement fait des choses,
Un trader c'est quoi ?
C’est un homme qui est payé pour vendre ou acheter et vendre et le seul fait que j'ai vendu et perdu ne me rend aucunement responsable de mes pertes
Croyez-moi,
Moi, désormais je suis artiste parce que tout le monde est artiste ou se dit artiste aujourd’hui
Voilà, je suis artiste et d’un clic
Je vais vous vous faire flamber
5 milliards de flambés
Ce n'est pas Robin des bois, c'est le trader qui a perdu le plus d'argent au monde
Il vivra et mourra avec ça
Avec 5 milliards évanouis et allumés en lettres de feu au fronton d'une multinationale bancaire
Au fait les amis, c’est génial je crois que j'ai réussi.
Je crois même que j'ai fait mieux que quiconque
Au fait
Toute la hiérarchie savait que vous passiez des opérations fictives ?
Finalement vous étiez aussi un être fictif ?
Oui.
Non
Oui.
On vous a demandé de partir ?
Non, juste de claquer la porte et de régler le problème.

samedi 26 juin 2010

Angela Fiction

C'est un jour gris,fade aux contours hasardeux qui se dessine en petits lacs de lumière, hésitant derrière les volets.
Me levant,tirant les rideaux, ouvrant la fenetre de ma chambre, j'écoute les étourneaux.
Persuadée par Joachim, qui m'avait convaincue la veille, tambourinant du poing sur la table d'aider la Grece en faillite.
On dit en allemand : "Muss es sein ? " es muss sein !", je ne sais plus quel con a prononcé ça.
Ah oui, Beethoven , mais je n'aime pas Beethoven, je préfère Schumann ou Schubert.
Je dois dire que j'y suis allée à reculons.
J'aurais grandement préféré faire une promenade à l'ombre des saules pluricentenaires et parler avec lui du calcul des constantes de vitesse des réactions élémentaires des hydrocarbures simples qui m'a fait obtenir mon doctorat en 1986.
Une grosse thèse de 940 pages.
C'est ce dont je suis le plus fière après tout.
Mais j'aime aussi énormement la physique quantique et la politique.
S'il fallait trouver des dénominateurs communs à ces domaines, je dirai que ces deux domaines en "ique" travaillent en profondeur la matière et l'esprit.
C'est un peu vague mais ça me plait.
Bon, à part ça, je sais qu'Helmut m' a critiquée pour ma gestion hasardeuse de la crise financière.
Ces arguments sont spécieux, et puis qu'est ce qu'il en sait,
mais qu'est ce que j'y peux moi ?; tout est allé si vite, dans cette Crise, et puis " La crise" c'est un moyen assez habile de faire avaler aux "nécessiteux" des couleuvres.
On n'en connait pas d'autres arguments pour le moment.
Bon, il y a ces petits tracas quotidiens et certaines variables d'ajustement.
en tout cas, dans un mois, youpi youp je pars en vacances en Grece justement.
Joachim a tout prévu: nous irons dans un 5 étoiles dans les Iliades et je serai accompagnée en permanence du Ministre des finances qui occupera la chambre en face de la notre, comme ça si jamais l'euro dévisse en plein mois d'aout, d'une part on ne m'incombera pas toutes les erreurs, d 'autre part j'aurais un pouvoir immédiat de réaction et de décision.
C'est toujours déterminant de dire ça devant les media.
De toute manière, on se téléphonera dix fois par jour et on s'enverra aussi quantité de mails journaliers.
Bon, pour le moment, je vais devoir gagner ma grosse Daimler blindée, fenetres ombrées de noir, et regagner le Reischtag.
L'heure est au réduction des dépenses publiques, aux coupes sombres tout azimut et je dois dire que j'y prends un certain plaisir.
Je ne suis pas fille de pasteur pour rien après tout.

samedi 22 mai 2010

lundi 10 mai 2010

samedi 8 mai 2010

l'HOMME AU PLATEAU

Fabrice vêtu d'un anorak molletonné trop grand pour lui, dépassa un petit groupe de personnes qui marchait rapidement.
Depuis les différentes artères de la ville, d'autres groupes convergeaient puis se
se succédaient par petits chapelets qui disparaissaient en ayant entrouvert une énorme porte à deux battants.
De manière continue, à l’heure du coup de feu, une foule pressée se dirigeait donc vers celle-ci.
Quand Fabrice surgit inopinément et bloqua le passage.
Des gens commencèrent à râler ; Fabrice se tenait devant l'entrée de manière à bloquer toute entrée de visiteurs.
Son front était balayé d'une mèche laquelle balayait elle aussi la moitié d'un œil qu’une bouche soufflante soulevait par intermittences, comme une sorte d’essuie-glace.
Fabrice avait le visage un peu rond, son teint était rouge, son ventre proéminent et gras tombant un peu de son pantalon à cotes de velours.
Cette mise lui conférait l'allure d'un clown et il les regardait avec un air béat, avec ses yeux : deux immenses billes noires plongées dans la liquidité d'une nuit intérieure.
On lui dit de se pousser à plusieurs reprises mais il ne bougeait pas et restait immobile devant les portes vitrées du restaurant d’entreprise, la mâchoire fermée, toujours un peu raide, tenant son plateau repas vide sur son ventre.
Le plateau alimentaire était en plastique et ressemblait à du faux bois.
Depuis le cadre d'une toute petite fenêtre la tête d'une femme se dressa et l'interpella.
- C'est quoi tout ce chambardement, vous ne pouvez pas laisser les employés tranquille? Qu'est ce que vous voulez au juste?
Fabrice ne lui répondit pas et baissa la tête.
"- Qu'est ce que vous voulez ?" répéta, la voix de la femme venue du dessus.
Fabrice la regarda fixement.
Il se tenait là tenant toujours fermement son plateau alimentaire contre son plexus solaire, là devant la dalle de béton depuis onze heures du matin.
On l'entendit bientôt qui hurlait, hurlait encore.
Sa requête paraissait un peu floue.
Au regard de la foule qui se rassembla bientôt autour de lui, il apparut comme un intrus, ou un empêcheur de tourner en rond.
Un homme, puis un autre braquèrent leurs poings sur lui mais comme si une sorte de halo magnétique l’avait protégé; Fabrice échappa, esquiva et repoussa les coups.
Alors derrière lui sortit la dame aux cheveux frisés qui l'avait interpellé et qui poussa la porte très fort, si fort que Fabrice céda un peu du terrain.
Bientôt la porte s'entrouvrit et la dame aux cheveux frisés glissa son long cou comme une girafe.
- Qu'est ce que vous voulez au juste...? redit la Dame.
- C'est ma carte.
- Quelle carte ?
- Ma carte magnétique, elle ne marche plus ou alors elle a été démagnétisée.
Et là, il lui expliqua longuement qu'il avait été autrefois salarié de la SNCF qui offrait à chacun de ses employés le repas de midi- comme dans toute administration française.
La carte avait longtemps servi de précieux sésame.
Inexplicablement, la carte bien qu'ayant dépassé sa date de péremption - ce qu'attestait une date à moitié effacée- avait aussi longtemps délivré à Fabrice son plat du midi jusqu'au jour où....
Ainsi brusquement licencié, on avait naturellement procédé aux mesures d'annulation de son badge magnétique qui autrefois lui donnait droit de passer le portique verrouillé électroniquement, pour aller déjeuner bien tranquillement dans l'immense restaurant de la Société nationale de Chemin de fer, sous la verrière qui dispensait une tiède chaleur qui rayonnait jusque sur le ventre des employés.
Après des tractations compliquées, où l'on envisagea dans un premier d'appeler la police pour évacuer l'importun ou régler définitivement le différent entre un ancien employé et son administration.
Fabrice lâcha bientôt prise et tint son plateau d’une main molle, pendant bientôt le long de son flanc droit.
Apaisé, ayant enfin exprimé toute sa colère, il devint très placide.
Inéluctablement, les regards de la médiatrice et de Fabrice se croisèrent, et insensiblement, sans bruit, tous les deux tombèrent amoureux l’un de l’autre.
Quoi qu’il en soit, même si Fabrice n’obtint jamais gain de cause, il parvint néanmoins à une chose essentielle : il avait trouvé l’amour dans des circonstances uniques exceptionnelles et la dame aux cheveux frisés qui parlait uniquement à sa plante verte elle aussi.
Voila donc une fable qui finit bien.

mardi 4 mai 2010

Portrait d'une femme imaginaire

Elle était vêtue de rose et se déplaçait toujours sur fond jaune, chaussée de chaussures vertes tenant à la main un sac vert lui aussi et marchant à vive allure le long des trottoirs qui eux, étaient invariablement gris mais qui auraient pu être roses.
Une musique accompagnait sa déambulation dans la ville.
Tous les hommes croisant sa route guettaient de sa part un regard, une attention mais elle, imperturbable, poursuivait sa route d'un air dédaigneux - posture exagérée de la coquette, contemplant les vitrines, poursuivait encore ses pérégrinations dans la ville.
Vers où se dirigeait-elle ?
Dans quelle direction ?
Nul ne le sait.
Son chemin était tapissé de musique et de couleurs vives, tranchées, jalonnées d'apparitions d'écrans plasmas qui diffusaient les discours d'hommes politiques pontifiant sur l'avenir du monde.
Elle faisait partie de ces élégantes qui peuplent Paris et qui font et forment, déforment, transforment sa légende.
Celles qui pilotent des Maserati ou des Lotus Esprit.
Un jour, ses vaticinations la menèrent dans les travées d'un grand restaurant où le rouge ou plutôt l'écarlate des rideaux, le sens de l'emphase et de la boursouflure , un esprit grotesque n'avaient pas seulement gagné les cuisines, les tintinnabulantes brigades.
Une tempete régnait et le désordre ainsi qu'une certaine suffisance se répandait dans les esprits.
Le personnel quand à lui préparait les plats, quand la clientèle qui mangeait des plats très élaborés, très compliqués en déployant tous ses sortilèges : gestes trésors d' arrogance et présomption.
On n'oubliait jamais de tout flamber à tort et à travers.
La plupart des ingrédients formant le repas étaient transfigurés par l'usage de l'azote et de l'ozone.
On s'en extasiait de tout ce déballage de technologie au service du palais.
Attablé, notre personnage , empruntait ce chemin de l'emphase et de la suffisance, auquel répondait le plus parfait silence de la moquette qui étouffait la plupart de bruits.
Attablée toujours devant son assiette vide et sa petite lampe, de prime abord, elle héla un maitre d'hôtel qui, de prime abord, ne reconnut pas une de ses meilleures mais plus exigeantes clientes.
Le maitre d'hôtel affichait cet air impassible de celui qui a tout fait, tout vu de par le monde.
La tete du vieux singe à qui, on ne la fait plus.
Pourtant, après un temps d'arrêt, il lui tendit la carte.
Elle regarda la carte, s'attarda une bonne demi-heure sur l'ensemble des menus proposés, s'attarda tellement sur chaque détail ou particularités qu'elle avait l'impression de découvrir à chaque fois des continents vierges, de nouvelles terres à explorer.
Tout cela tournait à l'introspection.
tout ça mettait un temps infini à etre décrypté, analysé, mais rien ne se passait.
Aucune décision n'était prise.
Le temps, le temps passait lui aussi si vite, et le maitre d'hôtel impatient, désabusé qu'elle n’ait pas trouvé matière à satisfaire ses appétits lui proposa le plat le plus compliqué du jour.
Elle s'en contenta mais fut dégoutée par un sorbet à gout d'huitre qui soit disant : "complétait avantageusement le repas".
A la fin de ce repas, interrompant sa méditation un message texto l'invitait à défendre son point de vue dans le cadre d' une conférence contre les mines anti-personnel au Kenya.
L'alliance conjuguée de son prestige , de sa silhouette, de sa féminité permit au public d'adhérer sans effort à son discours un peu vide.
Coquilles vides.
Ces phrases ressemblaient à des slogans.
Elle se tenait debout devant son public, un peu raide devant son micro et ponctuait son discours de petits gestes qui ressemblaient à des idéogrammes japonais.
A la fin de son discours, les flashes électroniques crépitèrent et fixèrent son image.
D'ailleurs, comme une image, elle se tenait lointaine, inaccessible.
Interrogeons-nous à présent sur les origines sociales de cette femme imaginaire.
Disons qu'elle n'avait jamais eu le souci de gagner sa vie et si nous avions regardé avec attention ses mains, nous aurions vu ça : son épiderme était lisse et sans cal.
Elle devait donc etre bien née, sans souci matériel.
Fille, héritière d'un métallier, d'un industriel du rideau métallique ou de l'armement.
Toutes les suppositions peuvent etre émises sur son cas.
Un journal poussiéreux que j'ai trouvé récemment m'a informé de ses origines: elle était née à Tourcoing en 1971.
Tourcoing : 92 000 habitants mais à l'époque où elle était née il devait y avoir dans les 70000.
Tourcoing fut célèbre jadis pour son essor florissant pendant la révolution industrielle et pour ses filatures.
Tourcoing, ville au relief essentiellement plat, c'est là, au Bord de la Deule, que justement que son père monta une petite aciérie qui fut bientot très grande.
Il fabriqua, fabriquait comme je le supposais d'après ma première enquete les premiers rideaux métalliques dont il avait déposé très tot un brevet international qui aiguisa longtemps les appétits mais aussi les jalousies des groupes Krupp, et Thyssen.
Rideaux, jalousies.
N'y voyez aucun jeu de ma part.
Cette femme qui aimait donc le métal, les rideaux métalliques et les carosseries flamboyantes des spyders avait donc ses raisons...
( à suivre).

vendredi 23 avril 2010

jeudi 22 avril 2010

Le pantin et le robot

Je voulais coucher sur cet écran, des images : événements qu'un montage pourrait assembler, disjoindre ou mettre en parallèle.
L'un a trait à un homme élégant vêtu de gris, l'autre à un homme vêtu d'un anorak.
Sur la rue droite, qui ressemble à un I qui s'enfonce dans un cône d'ombre, tous les deux marchent et se dirigent vers la même direction, mais aussi parfois se croisent.
Moi aussi, comme tant d'autres passants, j'ai marché dans cette rue droite, rectiligne qui semble aller vers l' infini, et je l'ai traversée au même endroit qu'eux, apercevant au delà des hautes grilles qui forment comme des garde-corps, les allers et venues des longs trains de banlieue aux bruits sourds.
J’observais souvent les gens qui regardaient sidérés ces allers et venues, ces flux incessants.
Moi aussi, je restais muet et sidéré comme le petit homme présent sur le bord gauche d dans les films de Tati, observateur, observant.
Or, il n'y avait pas grand chose à voir: il fallait juste écouter, et fermer les yeux, se laisser emporter par les bruissements de la ferraille et de l’acier qui glissant l’un sur l’autre, comme deux peaux grondaient, feulaient.
Parfois, dans la nuit, je me plais à marcher et à observer dans le silence les lumières clignotantes des gares- lumières plus ou moins vives.
Gares qui dressent leurs contreforts, leurs hautains frontons dans la nuit.
Une nuit, ayant parcouru peut-être en un rêve
halluciné cette rue droite, droite comme en I.
J’ai croisé le regard de ces deux hommes.
L’un le matin au complet veston gris marchait droit, raide comme un I, raide comme cette rue, l’autre le robot au visage, visage couleur de brique.
Visage ou plutôt masque, visage tanné comme celui d’un indien a continué droit son chemin dans la rue.
Aucun cri n’est sorti de sa gorge, et dans sa silhouette, dans son cheminement, tout paraissait effrayant.
Il paraissait sans émotions, j’ai cru discerner ou voir chez lui l’allure d’un robot.
Ainsi cette histoire qui finit s’appelle : « le pantin et le robot ».