jeudi 15 avril 2010
vendredi 9 avril 2010
LA 3D, c'est mieux !
Je suis allé voir hier soir un film de Tim Burton, réalisé -en 3D s'il vous plait
Pour moi, jusqu’ici La 3D désignait chez Bahlsen un nom de crackers sophistiqué. Désormais on en fait du film : La 3D
La 3D : c’est le nouveau truc à la mode, on en parle, on en parle.
La 3D : une mode qui se démode et qui refait du neuf à partir du vieux( comme la politique, le football ou la haute-couture et pas mal d’autres domaines).
Le procédé et son exploitation commerciale doivent dater des années cinquante et aujourd’hui on vous présente sur un plateau cette antienne du film en relief.
« Vous allez voir ce que vous allez voir ! » : gueulait Monsieur Loyal et ben on a vu.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait le déplacement pour en voir un de ce genre de films bizarres, un peu ennuyeux fondés sur les patterns proposés par Final Draft pro.
Immédiatement, j'associe à ce déballage de technologie, cette autre image : un barbu à casquette, tout droit sorti de chez Cameron devant son banc de montage qui dit à Burton pendant l'écriture du script ou en post-production.
: « tu veux quoi là ? Une scène calme ou une scène speed ? Je te mets un moment de climax parce que là les spectateurs risquent de s’endormir dans 18 minutes, Quand c’est qu’on la fait se déshabiller ça manque un peu de sexe, tu trouves pas ? Ah, merde, on est chez Walt Disney.
et la Burton d'acquiescer" ouais ! Cool, vas y rajoute un peu de ralenti , rajoute aussi du flair sur le dragon".
Consternant à souhait.
Je vous épargne la scène ultra-soporophique de la calèche, les intérieurs victoriens kitsch, la cérémonie de mariage assortie des, témoins avec la duègne qui recommande à la jeunesse en robe bleu nommée Alice je ne sais plus trop quoi, avec ses dialogues avec des subjonctif, dialogues, alambiqués, compassés : comme ils font en voice over, dans les téléfilms américains.
Je vous épargne aussi la scène solennelle, une cérémonie très bien rangée de réunion Wasp entre les buis taillés.
Allez, d’accord, vous allez vivre une expérience extraordinaire et unique, oui ! Oui, c’est de La 3d, puisqu’on vous le dit, puisque c’est la tendance.
La 3D, c’est dans le coup.
D’emblée un dispositif médico- guerrier vous fait avaler la pillule : oui bien sur, que ça va changer votre vie, puisqu’on vous l’a déjà dit : vous allez vous chausser de lunettes aux verres bicolores pour regarder un écran aux images baveuses parce que tournées avec un léger décalage optique.
D’ailleurs un employé vous les tend avec son air d’huissier comme si vous alliez être le cobaye d’une expérience de laboratoire.
Sans les lunettes, j’ai essayé ça ressemble à une image télé un peu déréglée.
Une image dans les tons jaunatres et violacés.
Bon d’accord, d’accord, mais à tout bien considérer, c’est un peu pauvre et réduit comme procédé.
Un truc d’attraction foraine, sans la sensation de mouvements indispensable aux sens et aux émotions. Remarquez que je n’adhère pas des masses à ce genre d’attractions à vous faire dégueuler un quatuor de jeunes filles en fleur qui portent des robes bleues comme Alice
On louera les qualités du chef opérateur numérique au nom polonais, travaillant chez ASC America, qui a fait du très très beau boulot technique
On louera l’inventivité de l’habilleuse qui a sut marier le style écossais nouille avec les haillons, les tenues en faux aluminum, tenues de chevaliers, chevalières à rallonge, on saluera le set designer, la communauté des nerds qui ont planché pendant des milliers d’heures de calcul pour concevoir ce superbe effet de panoramique ascensionnel beau comme dans une pub pour une boisson pour enfants ou pour une banque.
Il y a deux ou trois autres plans grues croquignolets qui ressemble à des publicités pour Nike sans footballeurs.
Merci aux techniciens.
Le film ? Le scénario.
Là, non plus, une nouvelle fois, je n’ai rien compris, mais je ne crois pas que c’est très grave.
Quand à la 3D, à ses modalités d’application dans le champ cinématographique, comme on dit chez les branleurs de mou.
Je vois pas à quoi ça sert durant les trois-quarts du film.
J’ai seulement saisi, que les sous-titres jaune cernés de noir en volume , s’avançaient comme un marchepied devant un train et ça c’était très beau surtout pendant une heure et demie, souvent les monstres donnaient des coups de langue, ou voletaient pour un oui ou pou un non devant vous, parfois les scènes étaient ultra-stéréotypées fondées exprès sur une expression de déjà vu comme le bouquin de Carroll, les mimiques des lapins sauteurs ressemblaient à celle de pantins dégingandées dans la vitrine de chez Macy’s ou des galeries Lafayette.
Vous noterez, si vous y allez, vous noterez les petits plissements des lèvres, et les clignements d’yeux des uns et des autres...
Et puis, ils ont une nouvelle gestion des calques sur Photoshop et After-effect, ça en devient impressionnant : trente deux couches ont été nécessaires pour faire les brins d’herbe, et les détails des champignons.
Ah, j’allais noter aussi une scène avec un moulin hors d’usage, et sans âge, qui forme un fond pour la meilleure scène du film au caractère idyllique, onirique.
Une scène avec l’apparition de Johnny Depp déguisé en chapelier, me faisait penser à celle du déjeuner dans « Solaris » de Tarkovski mais ça, je crois qu’il n’y a moi qui ai vu ça.
Reste une grosse tête rageuse, vociférant, pas mal faite, insérée dans un buste numérique écarlate comme un rouge-gorge, une collection de robots numériques orange échappés d’un logiciel de chez Toy Story, deux ou trois dragons, deux skinheads aux langages absurdes faisant peut-être écho à Celui de Lewis Carroll, et le beau travail de Johnny Depp qui a du s’ennuyer ferme entre électrodes et fond bleu- fond vert et souvent on s’aperçoit qu’il était bien seul, avec son visage triste à la Chaplin, pendant le tournage cerné par le vide qu’allaient remplir les images numériques pensé par des ingénieurs très enthousiastes.
Il a du en passer des heures dans sa caravane.
Le palliatif à tout ce déballage de technologie désarmant d’ingénuité, parfois sans queue ni tête.
Un bon plan fixe.
Justement, celui de la fin, bien fixe, avec ces apparitions de champignons, quasiment immuable, ressemble à s’y méprendre à un gros plan sur la grille d’un cimetière de Highgate ou à celle d’un sex-shop gothique de San Francisco.
En fin de compte, là 3D ça va vraiment vous changer la vie.
Pour moi, jusqu’ici La 3D désignait chez Bahlsen un nom de crackers sophistiqué. Désormais on en fait du film : La 3D
La 3D : c’est le nouveau truc à la mode, on en parle, on en parle.
La 3D : une mode qui se démode et qui refait du neuf à partir du vieux( comme la politique, le football ou la haute-couture et pas mal d’autres domaines).
Le procédé et son exploitation commerciale doivent dater des années cinquante et aujourd’hui on vous présente sur un plateau cette antienne du film en relief.
« Vous allez voir ce que vous allez voir ! » : gueulait Monsieur Loyal et ben on a vu.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait le déplacement pour en voir un de ce genre de films bizarres, un peu ennuyeux fondés sur les patterns proposés par Final Draft pro.
Immédiatement, j'associe à ce déballage de technologie, cette autre image : un barbu à casquette, tout droit sorti de chez Cameron devant son banc de montage qui dit à Burton pendant l'écriture du script ou en post-production.
: « tu veux quoi là ? Une scène calme ou une scène speed ? Je te mets un moment de climax parce que là les spectateurs risquent de s’endormir dans 18 minutes, Quand c’est qu’on la fait se déshabiller ça manque un peu de sexe, tu trouves pas ? Ah, merde, on est chez Walt Disney.
et la Burton d'acquiescer" ouais ! Cool, vas y rajoute un peu de ralenti , rajoute aussi du flair sur le dragon".
Consternant à souhait.
Je vous épargne la scène ultra-soporophique de la calèche, les intérieurs victoriens kitsch, la cérémonie de mariage assortie des, témoins avec la duègne qui recommande à la jeunesse en robe bleu nommée Alice je ne sais plus trop quoi, avec ses dialogues avec des subjonctif, dialogues, alambiqués, compassés : comme ils font en voice over, dans les téléfilms américains.
Je vous épargne aussi la scène solennelle, une cérémonie très bien rangée de réunion Wasp entre les buis taillés.
Allez, d’accord, vous allez vivre une expérience extraordinaire et unique, oui ! Oui, c’est de La 3d, puisqu’on vous le dit, puisque c’est la tendance.
La 3D, c’est dans le coup.
D’emblée un dispositif médico- guerrier vous fait avaler la pillule : oui bien sur, que ça va changer votre vie, puisqu’on vous l’a déjà dit : vous allez vous chausser de lunettes aux verres bicolores pour regarder un écran aux images baveuses parce que tournées avec un léger décalage optique.
D’ailleurs un employé vous les tend avec son air d’huissier comme si vous alliez être le cobaye d’une expérience de laboratoire.
Sans les lunettes, j’ai essayé ça ressemble à une image télé un peu déréglée.
Une image dans les tons jaunatres et violacés.
Bon d’accord, d’accord, mais à tout bien considérer, c’est un peu pauvre et réduit comme procédé.
Un truc d’attraction foraine, sans la sensation de mouvements indispensable aux sens et aux émotions. Remarquez que je n’adhère pas des masses à ce genre d’attractions à vous faire dégueuler un quatuor de jeunes filles en fleur qui portent des robes bleues comme Alice
On louera les qualités du chef opérateur numérique au nom polonais, travaillant chez ASC America, qui a fait du très très beau boulot technique
On louera l’inventivité de l’habilleuse qui a sut marier le style écossais nouille avec les haillons, les tenues en faux aluminum, tenues de chevaliers, chevalières à rallonge, on saluera le set designer, la communauté des nerds qui ont planché pendant des milliers d’heures de calcul pour concevoir ce superbe effet de panoramique ascensionnel beau comme dans une pub pour une boisson pour enfants ou pour une banque.
Il y a deux ou trois autres plans grues croquignolets qui ressemble à des publicités pour Nike sans footballeurs.
Merci aux techniciens.
Le film ? Le scénario.
Là, non plus, une nouvelle fois, je n’ai rien compris, mais je ne crois pas que c’est très grave.
Quand à la 3D, à ses modalités d’application dans le champ cinématographique, comme on dit chez les branleurs de mou.
Je vois pas à quoi ça sert durant les trois-quarts du film.
J’ai seulement saisi, que les sous-titres jaune cernés de noir en volume , s’avançaient comme un marchepied devant un train et ça c’était très beau surtout pendant une heure et demie, souvent les monstres donnaient des coups de langue, ou voletaient pour un oui ou pou un non devant vous, parfois les scènes étaient ultra-stéréotypées fondées exprès sur une expression de déjà vu comme le bouquin de Carroll, les mimiques des lapins sauteurs ressemblaient à celle de pantins dégingandées dans la vitrine de chez Macy’s ou des galeries Lafayette.
Vous noterez, si vous y allez, vous noterez les petits plissements des lèvres, et les clignements d’yeux des uns et des autres...
Et puis, ils ont une nouvelle gestion des calques sur Photoshop et After-effect, ça en devient impressionnant : trente deux couches ont été nécessaires pour faire les brins d’herbe, et les détails des champignons.
Ah, j’allais noter aussi une scène avec un moulin hors d’usage, et sans âge, qui forme un fond pour la meilleure scène du film au caractère idyllique, onirique.
Une scène avec l’apparition de Johnny Depp déguisé en chapelier, me faisait penser à celle du déjeuner dans « Solaris » de Tarkovski mais ça, je crois qu’il n’y a moi qui ai vu ça.
Reste une grosse tête rageuse, vociférant, pas mal faite, insérée dans un buste numérique écarlate comme un rouge-gorge, une collection de robots numériques orange échappés d’un logiciel de chez Toy Story, deux ou trois dragons, deux skinheads aux langages absurdes faisant peut-être écho à Celui de Lewis Carroll, et le beau travail de Johnny Depp qui a du s’ennuyer ferme entre électrodes et fond bleu- fond vert et souvent on s’aperçoit qu’il était bien seul, avec son visage triste à la Chaplin, pendant le tournage cerné par le vide qu’allaient remplir les images numériques pensé par des ingénieurs très enthousiastes.
Il a du en passer des heures dans sa caravane.
Le palliatif à tout ce déballage de technologie désarmant d’ingénuité, parfois sans queue ni tête.
Un bon plan fixe.
Justement, celui de la fin, bien fixe, avec ces apparitions de champignons, quasiment immuable, ressemble à s’y méprendre à un gros plan sur la grille d’un cimetière de Highgate ou à celle d’un sex-shop gothique de San Francisco.
En fin de compte, là 3D ça va vraiment vous changer la vie.
mercredi 7 avril 2010
vendredi 2 avril 2010
mercredi 31 mars 2010
vendredi 26 mars 2010
jeudi 25 mars 2010
samedi 27 février 2010
mercredi 3 février 2010
mardi 2 février 2010
jeudi 28 janvier 2010
mercredi 20 janvier 2010
LE POETE A LA CHAMBRE HUMIDE
J’allais visiter un ami qui, à la suite d’une mésaventure ( mésaventure dont il était alors coutumier) fut obligé pour des raisons pécuniaires, obligé d’ habiter la plus minuscule des chambres, située au premier étage d’un vieil immeuble d’une petite rue grise.
Une rue assez moche et tout en pente.
Les proportions de cette chambre : elle était en effet plus longue que large, lui conféraient l’allure d’un wagon de chemin de fer tandis que si je me souviens bien une fenêtre tout en longueur lui donnait vaguement d’un vitrail d’église.
Quand il cuisinait des pates, la condensation s’accumulait partout à l’intérieur de cette chambre et traçait sur la vitre des gouttelettes qui formaient des espèces de constellation qui me laissaient reveur.
En face de cette chambre, sur le même palier, se trouvait une autre porte cadenassée à la diable avec deux clous et une sorte de crochet de tapissier.
Force était de constater que ce logement à vue d’œil, en toute logique sans qu’on puisse pourtant l’appréhender avec l' exactitude, la perfection d’un métreur ou d’un arpenteur, paraissait posséder les mêmes proportions...
Devant la porte de ce qui ressemblait à un de ces studios -reliquat d’une spéculation spatiale et immobilière- studio minuscule que des propriétaires avaient scindé, cloisonné sans génie, et avec même beaucoup d’imbécillité, trainait donc un homme fatigué, titubant, essouflé qui peinait à monter jusqu’au premier palier.
Pourtant, il n’avalait pas les marches, c’était plutôt le contraire.
Souvent, on l’entendait souffler et tousser à s’en déchirer la poitrine, puis il claquait définitivement la porte, ce qui faisait craqueler le lambris qui recouvrait l’intérieur de la cage d’escalier.
Nous n’étions pas surs de le revoir le lendemain, parfois il disparaissait pendant plus d’une semaine
A chacun de nos sorties après des discussions fiévreuses endiablées, nous regardions avec insistance cette porte hermétiquement close, espérant quelque événement et bientôt cette porte qui focalisait déjà toute notre attention, devint notre premier sujet de discussion.
Avec ce regard insistant et complaisant, comparable en quelque sorte à celui du badaud qui regarde des pompiers évoluer au dessus d’un toit qui flambe, nous restions
parfois des quart-d’-heures entier devant cette porte.
Toutes les hypothèses mêmes les plus invraisemblables furent évoquées et formulées.
Au fond, bien gré, mal gré, nous étions parvenus à ces conclusions :
Nous n’avions jamais compris pourquoi d’abord cet homme barbu à l’âge indéfinissable, une grosse tête vissée sur un corps qui le faisait ressembler à une quille, portait toujours le même pull de grosse laine et puis au fond qu’est ce qui le motivait à rester dans ce studio un peu minable : était-ce seulement ces conditions précaires ou bien s’acharnait-il à un ouvrage de grande importance.
Un jour, notre homme entrouvrit sa porte et nous découvrîmes alors son visage éberlué, puis un geste lent révéla le désordre de sa chambre ou trainaient au sol, des sacs plastiques, et des livres de poche, puis au fond, comme accolé à un mur croulant, un tabouret et une table formée de deux tréteaux.
Notre homme, cet homme s’était enfermé dans une chambre sale et lambrissée, chambre aussi étroite que sombre ; chambre très humide pour y écrire des poèmes.
Monceaux de poèmes rédigés sur des A4 qui jonchaient un bord de table formée de deux tréteaux
Nous le regardions de loin, nous cherchions à comprendre ou à lire la teneur exacte de ses poèmes à l’écriture aussi raide que tremblée : il était là, hirsute, raide, statique, ivre, toujours un peu ivre, la bouche noire, les lèvres humides, comme fixé lui-même à l’encadrement de l’unique porte de sa chambre, cherchant ses clefs dans ses poches puis reprenant le sac de ses courses.
Il jetait vers nous son regard éteint.
Zoum, alors même que nous l’observions, il avait déjà disparu derrière sa porte la poussant d’un coup de pied avec violence.
Notre homme était aussi très versatile : peut-en témoigner cette scène.
Le lendemain, la porte nous était de nouveau ouverte : nous le vîmes toujours au même endroit et il nous adressa d’une main leste et molle un vague bonsoir.
Il tourna la tête et nous fixa de son regard brumeux ; il paraissait ailleurs, l’œil rivé sur quelconque éther, celui ses poèmes ou de la bouteille de rhum qui devait accompagner ses « navigations »
Evidemment, sa posture de poète, le caractère versatile ou cyclothymique de ses actions nous intriguait, nous fascinait sans que nous sachions toujours exactement la facture, la qualité, la teneur de ces poèmes, ni même les mouvements de son âme qui pouvaient transparaître, ou apparaitre au détour des pages.
C’était un grand mystère.
Qu’est ce qu’il pouvait bien raconter cet homme là ?
Quelles étaient ces images qui chargeaient ce manuscrit ?
Etaient-elles chargées d’érotisme, incendiaires ou flamboyantes ?
Etaient-elles peuplées de femmes flamboyantes et idéales ou de bateaux affalés à des quais brumeux.
Notre imagination galopait et déployant aussi ces images ; plaines ou clairières foisonnantes.
Alors de notre part, toutes les supputations, les suppositions couraient, filaient sur cet homme au demeurant fort sympathique que nous ne manquions jamais de croiser mais dont nous ne pouvions estimer sa valeur en tant que poète, et c’était ça, qui nous importait, nous les importuns, savoir si nous avions croisé un nouveau Baudelaire.
Notre posture quant à elle était celle de juges ou de voisins curieux de connaître quelqu’un de nouveau, et qui plus est poète.
Qui était donc cet homme-là ?
Après tout, il était rare d’en rencontrer qui soit aussi modeste, discret et confiné à son monde à l’espace de sa chambre minuscule.
Non, à la vérité, il n’était pas très « spectaculaire » ce poète mais il était là perdu dans le couloir devant nous, les bras ballants, avec au bout des poings ces deux sacs plastiques ou à l’extrémité de sa paume droite des poèmes.
Pourtant, il était facile alors de se persuader que cet homme était tout sauf un usurpateur parce qu’il semblait très très assidu à sa tache.
Voilà, qui évidemment, évidemment ajoutait au panache et au mystère de l’homme.
Tous les jours, nous croisions donc un poète et je dois vous dire que ça nous enorgueillissait vraiment.
Rien que ça, rien que ce fait minuscule, cette preuve, nous laissait aussi très enthousiastes, admiratifs, galvanisés par la possibilité de rencontrer et de parler à un authentique poète parce que ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un poète hein, dites-moi ?
Pourtant, un jour, armés de courage et décidâmes de parler plus franchement avec ce poète, d’ailleurs je ne sais plus si c’est moi ou un de nos amis qui osa lui parler de manière à la fois juste , diplomatique, débonnaire et franche : « Alors comme ça vos poèmes, vous allez nous les montrer un jour, parce qu’on vous voit écrire toute la journée, mais l’on ne sait toujours pas ce que vous écrivez, vous feriez mieux de nous les montrer franchement vos poèmes, alors si vous voulez, ne serait-ce qu’un instant nous montrer vos fameux poèmes, peut-être qu’on vous donnerait-on un avis, peut-être qu’on pourrait vous inviter à une de nos soirées, hein ?.
Quelle ne fut pas notre surprise de voir notre poète fier comme un bar-tabac, le buste raidi, fléchissant ces mollets, le visage plus rouge qu’à l’accoutumée nous tendre d’un air martial et quasiment théâtral ses manuscrits.
Nous fîmes abstraction du désordre, du capharnaüm ambiant, de l’odeur de beurre rance et de vieille sueur qui subsistaient dans ce studio pour lire enfin ses fameux poèmes et que vit-on- je vous le donne en mille ! - ces poèmes rédigés avec beaucoup de scrupule, rédigés à la main de cette écriture appliquée, raide et tremblée qui respectait scrupuleusement les marges, ressemblaient trop aux échafaudages de pensées incohérentes au chaos d’un adolescent qui cherche sa voie dans le tumulte de son imaginaire.
Tout n’était peuplé que de « corbeaux », chandeliers » « mélusine et « Forets mystérieuses.
Déçus, interdits, muets tenant ses feuilles qui reflétaient ce chaos, nous l’abandonnions et lui décidions de le rendre définitivement à sa solitude…
D’ailleurs, lui aussi, déçu, blessé, il ne nous adressa plus jamais la parole.
Plus jamais, nous ne le revîmes ce drôle de poète à la chambre humide.
JLC.
Une rue assez moche et tout en pente.
Les proportions de cette chambre : elle était en effet plus longue que large, lui conféraient l’allure d’un wagon de chemin de fer tandis que si je me souviens bien une fenêtre tout en longueur lui donnait vaguement d’un vitrail d’église.
Quand il cuisinait des pates, la condensation s’accumulait partout à l’intérieur de cette chambre et traçait sur la vitre des gouttelettes qui formaient des espèces de constellation qui me laissaient reveur.
En face de cette chambre, sur le même palier, se trouvait une autre porte cadenassée à la diable avec deux clous et une sorte de crochet de tapissier.
Force était de constater que ce logement à vue d’œil, en toute logique sans qu’on puisse pourtant l’appréhender avec l' exactitude, la perfection d’un métreur ou d’un arpenteur, paraissait posséder les mêmes proportions...
Devant la porte de ce qui ressemblait à un de ces studios -reliquat d’une spéculation spatiale et immobilière- studio minuscule que des propriétaires avaient scindé, cloisonné sans génie, et avec même beaucoup d’imbécillité, trainait donc un homme fatigué, titubant, essouflé qui peinait à monter jusqu’au premier palier.
Pourtant, il n’avalait pas les marches, c’était plutôt le contraire.
Souvent, on l’entendait souffler et tousser à s’en déchirer la poitrine, puis il claquait définitivement la porte, ce qui faisait craqueler le lambris qui recouvrait l’intérieur de la cage d’escalier.
Nous n’étions pas surs de le revoir le lendemain, parfois il disparaissait pendant plus d’une semaine
A chacun de nos sorties après des discussions fiévreuses endiablées, nous regardions avec insistance cette porte hermétiquement close, espérant quelque événement et bientôt cette porte qui focalisait déjà toute notre attention, devint notre premier sujet de discussion.
Avec ce regard insistant et complaisant, comparable en quelque sorte à celui du badaud qui regarde des pompiers évoluer au dessus d’un toit qui flambe, nous restions
parfois des quart-d’-heures entier devant cette porte.
Toutes les hypothèses mêmes les plus invraisemblables furent évoquées et formulées.
Au fond, bien gré, mal gré, nous étions parvenus à ces conclusions :
Nous n’avions jamais compris pourquoi d’abord cet homme barbu à l’âge indéfinissable, une grosse tête vissée sur un corps qui le faisait ressembler à une quille, portait toujours le même pull de grosse laine et puis au fond qu’est ce qui le motivait à rester dans ce studio un peu minable : était-ce seulement ces conditions précaires ou bien s’acharnait-il à un ouvrage de grande importance.
Un jour, notre homme entrouvrit sa porte et nous découvrîmes alors son visage éberlué, puis un geste lent révéla le désordre de sa chambre ou trainaient au sol, des sacs plastiques, et des livres de poche, puis au fond, comme accolé à un mur croulant, un tabouret et une table formée de deux tréteaux.
Notre homme, cet homme s’était enfermé dans une chambre sale et lambrissée, chambre aussi étroite que sombre ; chambre très humide pour y écrire des poèmes.
Monceaux de poèmes rédigés sur des A4 qui jonchaient un bord de table formée de deux tréteaux
Nous le regardions de loin, nous cherchions à comprendre ou à lire la teneur exacte de ses poèmes à l’écriture aussi raide que tremblée : il était là, hirsute, raide, statique, ivre, toujours un peu ivre, la bouche noire, les lèvres humides, comme fixé lui-même à l’encadrement de l’unique porte de sa chambre, cherchant ses clefs dans ses poches puis reprenant le sac de ses courses.
Il jetait vers nous son regard éteint.
Zoum, alors même que nous l’observions, il avait déjà disparu derrière sa porte la poussant d’un coup de pied avec violence.
Notre homme était aussi très versatile : peut-en témoigner cette scène.
Le lendemain, la porte nous était de nouveau ouverte : nous le vîmes toujours au même endroit et il nous adressa d’une main leste et molle un vague bonsoir.
Il tourna la tête et nous fixa de son regard brumeux ; il paraissait ailleurs, l’œil rivé sur quelconque éther, celui ses poèmes ou de la bouteille de rhum qui devait accompagner ses « navigations »
Evidemment, sa posture de poète, le caractère versatile ou cyclothymique de ses actions nous intriguait, nous fascinait sans que nous sachions toujours exactement la facture, la qualité, la teneur de ces poèmes, ni même les mouvements de son âme qui pouvaient transparaître, ou apparaitre au détour des pages.
C’était un grand mystère.
Qu’est ce qu’il pouvait bien raconter cet homme là ?
Quelles étaient ces images qui chargeaient ce manuscrit ?
Etaient-elles chargées d’érotisme, incendiaires ou flamboyantes ?
Etaient-elles peuplées de femmes flamboyantes et idéales ou de bateaux affalés à des quais brumeux.
Notre imagination galopait et déployant aussi ces images ; plaines ou clairières foisonnantes.
Alors de notre part, toutes les supputations, les suppositions couraient, filaient sur cet homme au demeurant fort sympathique que nous ne manquions jamais de croiser mais dont nous ne pouvions estimer sa valeur en tant que poète, et c’était ça, qui nous importait, nous les importuns, savoir si nous avions croisé un nouveau Baudelaire.
Notre posture quant à elle était celle de juges ou de voisins curieux de connaître quelqu’un de nouveau, et qui plus est poète.
Qui était donc cet homme-là ?
Après tout, il était rare d’en rencontrer qui soit aussi modeste, discret et confiné à son monde à l’espace de sa chambre minuscule.
Non, à la vérité, il n’était pas très « spectaculaire » ce poète mais il était là perdu dans le couloir devant nous, les bras ballants, avec au bout des poings ces deux sacs plastiques ou à l’extrémité de sa paume droite des poèmes.
Pourtant, il était facile alors de se persuader que cet homme était tout sauf un usurpateur parce qu’il semblait très très assidu à sa tache.
Voilà, qui évidemment, évidemment ajoutait au panache et au mystère de l’homme.
Tous les jours, nous croisions donc un poète et je dois vous dire que ça nous enorgueillissait vraiment.
Rien que ça, rien que ce fait minuscule, cette preuve, nous laissait aussi très enthousiastes, admiratifs, galvanisés par la possibilité de rencontrer et de parler à un authentique poète parce que ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un poète hein, dites-moi ?
Pourtant, un jour, armés de courage et décidâmes de parler plus franchement avec ce poète, d’ailleurs je ne sais plus si c’est moi ou un de nos amis qui osa lui parler de manière à la fois juste , diplomatique, débonnaire et franche : « Alors comme ça vos poèmes, vous allez nous les montrer un jour, parce qu’on vous voit écrire toute la journée, mais l’on ne sait toujours pas ce que vous écrivez, vous feriez mieux de nous les montrer franchement vos poèmes, alors si vous voulez, ne serait-ce qu’un instant nous montrer vos fameux poèmes, peut-être qu’on vous donnerait-on un avis, peut-être qu’on pourrait vous inviter à une de nos soirées, hein ?.
Quelle ne fut pas notre surprise de voir notre poète fier comme un bar-tabac, le buste raidi, fléchissant ces mollets, le visage plus rouge qu’à l’accoutumée nous tendre d’un air martial et quasiment théâtral ses manuscrits.
Nous fîmes abstraction du désordre, du capharnaüm ambiant, de l’odeur de beurre rance et de vieille sueur qui subsistaient dans ce studio pour lire enfin ses fameux poèmes et que vit-on- je vous le donne en mille ! - ces poèmes rédigés avec beaucoup de scrupule, rédigés à la main de cette écriture appliquée, raide et tremblée qui respectait scrupuleusement les marges, ressemblaient trop aux échafaudages de pensées incohérentes au chaos d’un adolescent qui cherche sa voie dans le tumulte de son imaginaire.
Tout n’était peuplé que de « corbeaux », chandeliers » « mélusine et « Forets mystérieuses.
Déçus, interdits, muets tenant ses feuilles qui reflétaient ce chaos, nous l’abandonnions et lui décidions de le rendre définitivement à sa solitude…
D’ailleurs, lui aussi, déçu, blessé, il ne nous adressa plus jamais la parole.
Plus jamais, nous ne le revîmes ce drôle de poète à la chambre humide.
JLC.
lundi 18 janvier 2010
vendredi 15 janvier 2010
jeudi 14 janvier 2010
EAT LESS BIG PEOPLE
Elle s’appelait Nickie.
Elle était de taille moyenne, replète avec de tous petits pieds qui lui donnaient l’allure d’une figurine d’argile.
Blonde aux yeux verts, le regard lumineux, toujours vêtue de rose et de violet, ajustés de manière criarde ou outrancière : c’était une de ces jeunes femmes dont on ne sait jamais, quand elles marchent si elles sont grosses ou minces,
A Lynchburg, dans les longs couloirs de notre lycée, situé non loin des Montagnes Rocheuses, à quelque cinq cent kilomètres bien au nord de Los Angeles, nous la convoitions ardemment, tentant par tous les moyens d’obtenir quelque contact physique avec elle, déployant tous nos trésors d’amour et d’ingéniosité.
Tous, nous aimions la regarder filer droit devant nous et marcher lentement sur ses chaussures à hauts talons, poussant une porte puis l’autre avec cette lenteur stupide ,présomptueuse, très calculée ; tournant le buste puis la tête, jouant d’une rotation de l’épaule droite, suivi de la gauche , mouvement de la main, lenteur à laquelle seuls ces soupirants aurait conféré quelque qualité - les autres tenaient ça pour de l’arrogance mal placée et peut-être avaient-ils raison, mais nous à l’époque, à la fois naïfs et confits, nous nous inscrivions dans une contemplation niaise et doucereuse, une fascination qui tendait à de la sidération.
Nous aurait-elle regardés frontalement, se serait-elle retournée que la magie ou peut-être le charme en aurait été définitivement brisé.
Non.
Nous ne souhaitions pas ça, nous souhaitions qu'une chose : convoquer chaque jour à la meme heure cette apparition soudaine de cette figure dévoilée par la lumière.
Je ne sais plus si nous avions déjà entendu sa voix parce que tout ce que je vous raconte me parait à moi à la fois très nébuleux mais aussi proche du rêve éveillé.
C’était idiot et un peu « concon » mais nous souhaitions seulement être là bien présent, fixes, raides, immuables, comme l’horloge du couloir, spectateurs sidérés par son passage.
Ce n’est pas qu’elle faisait grand-chose de plus que les autres, qu’elle était mieux que les autres, mais c’est comme si elle maîtrisait déjà si parfaitement son image, comme si mue, en constante représentation, elle répétait déjà son rôle appris par cœur à la maison, perfectionné, poli comme un marbre ou la surface d’une médaille.
Dans nos souvenirs, son visage et surtout sa silhouette revêtaient les contours d’un rêve ; une sorte de petit cinéma que nous nous projetions à trois ou à quatre dans nos têtes, au fond de nos têtes après les cours, et dont nous reparlions le soir par téléphone, nous en ressassant les phases importantes, les climax comme après un film, on débat des intentions du scénariste ou du réalisateur.
A la vérité, je ne pense pas qu’elle ait été si insensible que ça à nos regards et nos petites attentions, et puis n’était ce pas à nous que son petit cinéma s’adressait ?, mais elle avait la tête ailleurs, la tête dans les étoiles, le regard lointain et distant, déjà ancrée dans sa vocation et pénétrée par elle, constamment en représentation, elle avait « placé ses antennes » ailleurs et convoitait une sorte de firmament, une personne susceptible de la propulser vers la lumière, une personne, sûrement un homme qui légitimerait son parcours et sa condition car au fond c’est ce qu’elle souhaitait le plus ardemment sortie de ce trou à rat nommé Lynchburg.
Elle était d’abord sortie avec un velu tout blanc, vaguement chanteur country , puis énorme paradoxe, avec un avocat corpulent assez sympathique qui l’avait emmené voir la baie de Nantucket, ce qui avait été dit-on - selon la rumeur qui a longtemps couru un assez long voyage, mais la liaison avait brusquement avorté.
« Réussir » elle n’avait que ce mot à la bouche.
I want a successful story; I want a successful Life répétait-elle à qui voulait l’entendre ou l’écoutait encore.
Pour ça, et à ces fins, elle aurait fait n’importe quoi, prenant exemple sur ces « Model Actress Whatever » lisant leurs témoignages, s’inspirant de leur destinée, de leur stratégie.
Ces femmes avaient la particularité de gagner Hollywood non pour y devenir actrices forcément mais pour y être connues, et elle voulait être connue, et elle le devint, mais peut-être pas de la manière dont elle l’aurait souhaité.
Nous n’avons pas le temps de nous appesantir sur tous les détails de cette histoire.
Finalement, tout ce parcours demanderait à être encore plus finement raconté, expliqué, explicité.
Mais c’est trop long et je ne pourrai plus vous tenir en haleine.
Le temps avait passé et nos vies avaient donc aussi « fatalement » changé.
Quinze ou vingt ans peut-être étaient passés.
J’avais trouvé un travail de réparateur de fibres optiques, puis je m’étais immédiatement marié et monté ma petite affaire consistant à recycler des semi-conducteurs que je récupérais sur de vieux ordinateurs.
Un jour, dans l’attente d’un match de basket,l'oeil rivé devant ma télévision, je m’affaissais telle à mon habitude sur mon canapé et pointant le doigt sur ma télécommande, quelle ne fut pas ma surprise de la reconnaître, mais oui pas de doute possible c’était elle et pas une autre : C’était Nickie, Nickie qui apparaissait en gros plan à la télévision, un peu plus grosse un peu vieillie, les traits affaissés, des rides marquées au coin des lèvres mais ayant conservé une bonne part de son charme et de ce qui nous avait longtemps sidéré.
Vêtue d’une robe à festons blancs moutonneux , une sorte de vieux-rose qui la faisait ressembler à la dame d’une carte à jouer, une longue robe taillée en dessous du genou, se détachant sur le feu d’une cheminée qui semblait tout droit sortie d’un décor de carton pâtes, portant aux doigts deux ou trois bagues serties de fausses émeraudes. On la voyait souvent en gros plan et en plan rapproché le visage recouvert d’une énorme couche de fond de teint qui,de sa voix douce et monocorde, vantait les mérites d’une célèbre pâtée pour chien de luxe, élevant avec la paume de sa main, avec beaucoup de conviction, une minuscule boite d’ d’aluminium avec une étiquette rose et rouge estampillée de faux or et articulant autant que faire ce peut les qualités primordiales de si cette extraordinaire pâtée pour chien de luxe.
« Beauté » la beauté des chiens huppés.
C’était à peu près le slogan si je me souviens bien.
Sur un fond bleu piscine, cernée par une ribambelle de chiens petits et grands, blancs et noirs, disposés comme dans une ronde, ils battaient de la queue de manière frénétique et s’agitaient autour d’elle qui énumérait bravement avec beaucoup de conviction ,de méticulosité, une sorte de crânerie ou d’arrogance, les ingrédients, nutriments et vitamines entrant dans la composition de cette extraordinaire pâtée qui valait quasiment le prix d’un Chambertin ou d’un Dom Pérignon, tandis que derrière elle s’affichait le célèbre logo rouge et blanc de « Beauté » la pâtée des chiens huppés.
Je crois que la publicité se concluait ainsi après sa prestation, Nickie désertait le cadre : et cédait immédiatement sa place à un équipage formé par un briard titubant sur ses pattes, comme un aveugle qui cherche son chemin au détour de la nuit, suivi d’un Yorkshire puis d’un dogue noir, célèbre autrefois pour ces aboiements dans Rawhide.
Tous trois se ruaient sur cette pâtée disposée sur une écuelle.
Je crois que c’est ainsi que s’achevait cette publicité.
Plus tard, j’ai appris par ma femme que Nickie s’était de nouveau mariée avec un chanteur de folk et qu’elle avait conclu par une croisière son énième mariage.
JLC.
Elle était de taille moyenne, replète avec de tous petits pieds qui lui donnaient l’allure d’une figurine d’argile.
Blonde aux yeux verts, le regard lumineux, toujours vêtue de rose et de violet, ajustés de manière criarde ou outrancière : c’était une de ces jeunes femmes dont on ne sait jamais, quand elles marchent si elles sont grosses ou minces,
A Lynchburg, dans les longs couloirs de notre lycée, situé non loin des Montagnes Rocheuses, à quelque cinq cent kilomètres bien au nord de Los Angeles, nous la convoitions ardemment, tentant par tous les moyens d’obtenir quelque contact physique avec elle, déployant tous nos trésors d’amour et d’ingéniosité.
Tous, nous aimions la regarder filer droit devant nous et marcher lentement sur ses chaussures à hauts talons, poussant une porte puis l’autre avec cette lenteur stupide ,présomptueuse, très calculée ; tournant le buste puis la tête, jouant d’une rotation de l’épaule droite, suivi de la gauche , mouvement de la main, lenteur à laquelle seuls ces soupirants aurait conféré quelque qualité - les autres tenaient ça pour de l’arrogance mal placée et peut-être avaient-ils raison, mais nous à l’époque, à la fois naïfs et confits, nous nous inscrivions dans une contemplation niaise et doucereuse, une fascination qui tendait à de la sidération.
Nous aurait-elle regardés frontalement, se serait-elle retournée que la magie ou peut-être le charme en aurait été définitivement brisé.
Non.
Nous ne souhaitions pas ça, nous souhaitions qu'une chose : convoquer chaque jour à la meme heure cette apparition soudaine de cette figure dévoilée par la lumière.
Je ne sais plus si nous avions déjà entendu sa voix parce que tout ce que je vous raconte me parait à moi à la fois très nébuleux mais aussi proche du rêve éveillé.
C’était idiot et un peu « concon » mais nous souhaitions seulement être là bien présent, fixes, raides, immuables, comme l’horloge du couloir, spectateurs sidérés par son passage.
Ce n’est pas qu’elle faisait grand-chose de plus que les autres, qu’elle était mieux que les autres, mais c’est comme si elle maîtrisait déjà si parfaitement son image, comme si mue, en constante représentation, elle répétait déjà son rôle appris par cœur à la maison, perfectionné, poli comme un marbre ou la surface d’une médaille.
Dans nos souvenirs, son visage et surtout sa silhouette revêtaient les contours d’un rêve ; une sorte de petit cinéma que nous nous projetions à trois ou à quatre dans nos têtes, au fond de nos têtes après les cours, et dont nous reparlions le soir par téléphone, nous en ressassant les phases importantes, les climax comme après un film, on débat des intentions du scénariste ou du réalisateur.
A la vérité, je ne pense pas qu’elle ait été si insensible que ça à nos regards et nos petites attentions, et puis n’était ce pas à nous que son petit cinéma s’adressait ?, mais elle avait la tête ailleurs, la tête dans les étoiles, le regard lointain et distant, déjà ancrée dans sa vocation et pénétrée par elle, constamment en représentation, elle avait « placé ses antennes » ailleurs et convoitait une sorte de firmament, une personne susceptible de la propulser vers la lumière, une personne, sûrement un homme qui légitimerait son parcours et sa condition car au fond c’est ce qu’elle souhaitait le plus ardemment sortie de ce trou à rat nommé Lynchburg.
Elle était d’abord sortie avec un velu tout blanc, vaguement chanteur country , puis énorme paradoxe, avec un avocat corpulent assez sympathique qui l’avait emmené voir la baie de Nantucket, ce qui avait été dit-on - selon la rumeur qui a longtemps couru un assez long voyage, mais la liaison avait brusquement avorté.
« Réussir » elle n’avait que ce mot à la bouche.
I want a successful story; I want a successful Life répétait-elle à qui voulait l’entendre ou l’écoutait encore.
Pour ça, et à ces fins, elle aurait fait n’importe quoi, prenant exemple sur ces « Model Actress Whatever » lisant leurs témoignages, s’inspirant de leur destinée, de leur stratégie.
Ces femmes avaient la particularité de gagner Hollywood non pour y devenir actrices forcément mais pour y être connues, et elle voulait être connue, et elle le devint, mais peut-être pas de la manière dont elle l’aurait souhaité.
Nous n’avons pas le temps de nous appesantir sur tous les détails de cette histoire.
Finalement, tout ce parcours demanderait à être encore plus finement raconté, expliqué, explicité.
Mais c’est trop long et je ne pourrai plus vous tenir en haleine.
Le temps avait passé et nos vies avaient donc aussi « fatalement » changé.
Quinze ou vingt ans peut-être étaient passés.
J’avais trouvé un travail de réparateur de fibres optiques, puis je m’étais immédiatement marié et monté ma petite affaire consistant à recycler des semi-conducteurs que je récupérais sur de vieux ordinateurs.
Un jour, dans l’attente d’un match de basket,l'oeil rivé devant ma télévision, je m’affaissais telle à mon habitude sur mon canapé et pointant le doigt sur ma télécommande, quelle ne fut pas ma surprise de la reconnaître, mais oui pas de doute possible c’était elle et pas une autre : C’était Nickie, Nickie qui apparaissait en gros plan à la télévision, un peu plus grosse un peu vieillie, les traits affaissés, des rides marquées au coin des lèvres mais ayant conservé une bonne part de son charme et de ce qui nous avait longtemps sidéré.
Vêtue d’une robe à festons blancs moutonneux , une sorte de vieux-rose qui la faisait ressembler à la dame d’une carte à jouer, une longue robe taillée en dessous du genou, se détachant sur le feu d’une cheminée qui semblait tout droit sortie d’un décor de carton pâtes, portant aux doigts deux ou trois bagues serties de fausses émeraudes. On la voyait souvent en gros plan et en plan rapproché le visage recouvert d’une énorme couche de fond de teint qui,de sa voix douce et monocorde, vantait les mérites d’une célèbre pâtée pour chien de luxe, élevant avec la paume de sa main, avec beaucoup de conviction, une minuscule boite d’ d’aluminium avec une étiquette rose et rouge estampillée de faux or et articulant autant que faire ce peut les qualités primordiales de si cette extraordinaire pâtée pour chien de luxe.
« Beauté » la beauté des chiens huppés.
C’était à peu près le slogan si je me souviens bien.
Sur un fond bleu piscine, cernée par une ribambelle de chiens petits et grands, blancs et noirs, disposés comme dans une ronde, ils battaient de la queue de manière frénétique et s’agitaient autour d’elle qui énumérait bravement avec beaucoup de conviction ,de méticulosité, une sorte de crânerie ou d’arrogance, les ingrédients, nutriments et vitamines entrant dans la composition de cette extraordinaire pâtée qui valait quasiment le prix d’un Chambertin ou d’un Dom Pérignon, tandis que derrière elle s’affichait le célèbre logo rouge et blanc de « Beauté » la pâtée des chiens huppés.
Je crois que la publicité se concluait ainsi après sa prestation, Nickie désertait le cadre : et cédait immédiatement sa place à un équipage formé par un briard titubant sur ses pattes, comme un aveugle qui cherche son chemin au détour de la nuit, suivi d’un Yorkshire puis d’un dogue noir, célèbre autrefois pour ces aboiements dans Rawhide.
Tous trois se ruaient sur cette pâtée disposée sur une écuelle.
Je crois que c’est ainsi que s’achevait cette publicité.
Plus tard, j’ai appris par ma femme que Nickie s’était de nouveau mariée avec un chanteur de folk et qu’elle avait conclu par une croisière son énième mariage.
JLC.
mercredi 13 janvier 2010
lundi 21 décembre 2009
Futurisme
Je ne sais pas si aucune image de synthèse pourrait aujourd'hui transcrire, ou laisser entrevoir ce qu'avait été le futur rêvé, projeté par nos prédécesseurs.
Les années soixante avaient vu les automobiles voler dans le ciel de Paris.
Les années soixante dix ressemblaient aussi à ce rêve déployant à perte de vue, ses blocs d'habitations surnuméraires, ses centres commerciaux, ses parkings, ses autoroutes, ses aéroports, ses tubes de verre et autres utopies grandiloquentes.
Une image de cette époque subsiste dans ma mémoire; image aussi dérisoire que saisissante : celle d'assemblages de fil de nylon blanc, aux tons un peu laiteux, qui formaient une immense colonnade mouillée de pluie artificielle érigée au centre d'un bassin de forme cubique.
J'entends encore le fracas de cette eau et je distingue encore les larmes qui saillaient de manière régulière de cette colonnade glissant lentement dans le bassin finissant par remonter, assurant au spectateur le simulacre d'une parfaite continuité.
Les années soixante avaient vu les automobiles voler dans le ciel de Paris.
Les années soixante dix ressemblaient aussi à ce rêve déployant à perte de vue, ses blocs d'habitations surnuméraires, ses centres commerciaux, ses parkings, ses autoroutes, ses aéroports, ses tubes de verre et autres utopies grandiloquentes.
Une image de cette époque subsiste dans ma mémoire; image aussi dérisoire que saisissante : celle d'assemblages de fil de nylon blanc, aux tons un peu laiteux, qui formaient une immense colonnade mouillée de pluie artificielle érigée au centre d'un bassin de forme cubique.
J'entends encore le fracas de cette eau et je distingue encore les larmes qui saillaient de manière régulière de cette colonnade glissant lentement dans le bassin finissant par remonter, assurant au spectateur le simulacre d'une parfaite continuité.
mercredi 18 novembre 2009
jeudi 29 octobre 2009
jeudi 15 octobre 2009
KUHLE WAMPE, Format : Noir et blanc - 1,37:1 - Mono - 35 mm
Bâti sur un argument de Brecht, daté de 1932, "KUHLE WAMPE" ou " ventre froid ou vide», "KUHLE WAMPE" désigne aussi le nom d'une colonie de chômeurs qui ont décide de quitter Berlin pour profiter des joies de la campagne et des baignades au bord des lacs.
"KUHLE WAMPE" est le "dernier film manifeste produit sous la république de Weimar.
"KUHLE WAMPE" a été réalisé par un bulgare Slatan Dudow
"KUHLE WAMPE" est un film qui concentre avec bonheur : sens de l'expérimentation et approche novatrice du récit.
4 parties le forment.
On y distingue un filmage sensible du monde urbain, de la ville, jusque dans ses intérieurs, approche sociale, contexte politique et discours qui lui semble immédiatement sous-jacent.
Sa vision loin du discours stéréotypé des manifestes politiques nous fait accéder à la fois à une description méthodique, minutieuse des conditions de vie d'un chômeur dans la vie duquel lentement on pénètre et s'infiltre …
La musique d'Hans Eisler, ses staccatos, ses scansions nous y aide.
L’histoire racontée est assez simple.
Après une exposition éprouvante décrivant le suicide d'un chômeur après une vaine recherche d'emploi, le réalisateur évacue brièvement le récit en lui faisant succéder sur une certaine longueur des plans très brefs montés en fondu-enchainé, plans montrant des champs de blés et de luzerne battus par le vent.
Dans la seconde partie, sa famille est expulsée de son logement, et s'installe dans un terrain de campement tenus par d'autres ouvriers, la Kuhle Wampe. Anni, la fille, seule à disposer d'un travail, tombe enceinte et s'amourache de Fritz, qui explique le soir-même qu'on le force au mariage à cause de la grossesse d'Anni. Celle-ci le quitte et s'installe chez son amie Gerda.
Si l'on peine à s'intéresser à l'intrigue liant inéluctablement un certain Fritz à une Anni qu'il a mis enceinte, on n'en demeure pas moins sensible à un sens documentaire : merveilleuse scène de mariage sous une tente avec des convives saouls, et hébétés ou le parfum de la choucroute flotte dans l'air.
L'histoire du club sportif parait quant à elle aussi artificielle que construite de toute pièce sur le modèle soviétique qui l'a inspiré.
Marquante demeure cette quatrième partie qui raconte le conflit ouvert entre ouvriers et bourgeois à propos de la crise financière.
Un des ouvriers fait la remarque à un « nanti » que la classe aisée ne changera pas le monde, ce à quoi l'interpellé rétorque: « Qui changera alors le monde ? ». Gerda répond « Ceux à qui il ne plait pas ». Le film s'achève alors
Sur le chant de la Solidaritätslied, la « chanson de la solidarité » composée par Hans Eisler…
Voilà, un film étrange dont le contenu politique quelque peu désensibilisé n'a pourtant rien perdu de sa virulence.
Sans doute cette vue finale en surplomb qui domine ces chanteurs symbolise-t-elle tout la leçon de ce film qui articule à la fois un sens esthétique profond, avec une interrogation sur les motivations d’une révolte qui demande à être instrumentalisée face aux défis à venir.
"KUHLE WAMPE" est le "dernier film manifeste produit sous la république de Weimar.
"KUHLE WAMPE" a été réalisé par un bulgare Slatan Dudow
"KUHLE WAMPE" est un film qui concentre avec bonheur : sens de l'expérimentation et approche novatrice du récit.
4 parties le forment.
On y distingue un filmage sensible du monde urbain, de la ville, jusque dans ses intérieurs, approche sociale, contexte politique et discours qui lui semble immédiatement sous-jacent.
Sa vision loin du discours stéréotypé des manifestes politiques nous fait accéder à la fois à une description méthodique, minutieuse des conditions de vie d'un chômeur dans la vie duquel lentement on pénètre et s'infiltre …
La musique d'Hans Eisler, ses staccatos, ses scansions nous y aide.
L’histoire racontée est assez simple.
Après une exposition éprouvante décrivant le suicide d'un chômeur après une vaine recherche d'emploi, le réalisateur évacue brièvement le récit en lui faisant succéder sur une certaine longueur des plans très brefs montés en fondu-enchainé, plans montrant des champs de blés et de luzerne battus par le vent.
Dans la seconde partie, sa famille est expulsée de son logement, et s'installe dans un terrain de campement tenus par d'autres ouvriers, la Kuhle Wampe. Anni, la fille, seule à disposer d'un travail, tombe enceinte et s'amourache de Fritz, qui explique le soir-même qu'on le force au mariage à cause de la grossesse d'Anni. Celle-ci le quitte et s'installe chez son amie Gerda.
Si l'on peine à s'intéresser à l'intrigue liant inéluctablement un certain Fritz à une Anni qu'il a mis enceinte, on n'en demeure pas moins sensible à un sens documentaire : merveilleuse scène de mariage sous une tente avec des convives saouls, et hébétés ou le parfum de la choucroute flotte dans l'air.
L'histoire du club sportif parait quant à elle aussi artificielle que construite de toute pièce sur le modèle soviétique qui l'a inspiré.
Marquante demeure cette quatrième partie qui raconte le conflit ouvert entre ouvriers et bourgeois à propos de la crise financière.
Un des ouvriers fait la remarque à un « nanti » que la classe aisée ne changera pas le monde, ce à quoi l'interpellé rétorque: « Qui changera alors le monde ? ». Gerda répond « Ceux à qui il ne plait pas ». Le film s'achève alors
Sur le chant de la Solidaritätslied, la « chanson de la solidarité » composée par Hans Eisler…
Voilà, un film étrange dont le contenu politique quelque peu désensibilisé n'a pourtant rien perdu de sa virulence.
Sans doute cette vue finale en surplomb qui domine ces chanteurs symbolise-t-elle tout la leçon de ce film qui articule à la fois un sens esthétique profond, avec une interrogation sur les motivations d’une révolte qui demande à être instrumentalisée face aux défis à venir.
mercredi 14 octobre 2009
Bureaucratie
«Un musicien est comme un bureaucrate qui doit se lever tôt le matin pour travailler. L'inspiration vient ensuite.»
Igor Stravinski.
Igor Stravinski.
lundi 28 septembre 2009
dimanche 27 septembre 2009
OR LES MURS, documentaire de Julien Sallé.
Clairvaux, ce seul nom résonne dans nos têtes, tel le rappel d’une relégation perpétuelle.
Car Clairvaux appelle à nous toutes les images et sons caractéristiques d’une maison d’arrêt que l’on nomme dans la terminologie carcérale : "centrale"
Centrale de Clairvaux, comme autrefois on a connu Fontevraud.
Avec une certaine ingéniosité dans son écriture filmique, Julien Sallé s’est attaqué à ce sujet difficile et très connoté, habité par les stéréotypes et les légendes.
Julien Sallé est très habile.
Tout en s’inscrivant dans les lois du genre du documentaire, il parvient cependant à en contourner ses règles et contribuer à dilater son espace narratif au point de le transformer en une fiction par quelques subterfuges : d’abord le choix de la durée de son film qui approche celle d’un long-métrage ,mais aussi l’apparition de la figure d’ un musicien compositeur - très à l’écoute de ses semblables, qui donne du sens à son histoire, celui-ci tout au long du film, va composer notes à notes, et rédiger pas à pas une sorte de chorus fondé sur les témoignages des détenus qu’il a patiemment enregistrés).
Mais ce n’est pas tout.
OR les murs » est un film poétique habité par la réalité puisqu’il se définit comme un documentaire.
Cependant, on y respire souvent l’air d’une belle fiction.
Paradoxes des vases communicants.
Echanges qui ont alimenté toute l’histoire du cinéma moderne.
Car si ce film s’amorce avec les lois du genre, on y retrouve souvent des éléments, et détails aux caractères quasiment fictionnels : détails de l’architecture carcérale, pan de pièce vides brillamment saisies entre ombre et lumière, clair-obscur, musique entrelaçant chants et voix féminines aux tessitures aériennes ; panoramiques qui décrivent de très hauts murs gris qui se déploient à l’infini, et qui finissent par nous renvoyer l’image d’une irréalité vertigineuse, irréalité à la fois fonctionnelle et fictionnelle.
En dehors de cette réalité, il en est une autre celle âpre, dure et sans appel : celle qui convoque de manière frontale et distante les témoignages de ces détenus anonymés, toujours vu de dos, le crane ras et la nuque raide, détenus aux voix monocordes qui racontent le vide et l’indicible des semaines qui passent et qui jamais ne semblent vouloir d’effacer, qui racontent l’oubli et la perte.
Que retiendrons-nous d' « OR les murs »? Documentaire aux allures de fiction si ce n’est ces images qui captent une centrale qui ressemble tellement de par ses contours et l’allongement de sa façade à l’incarnation d’une utopie du XIX.
Utopie figée dans la majesté de minuscules lumières orange qui bornent son périmètre.
Que retiendrons-nous encore « OR les murs »? ? Si ce n’est ces vues extérieures refusées et donc soustraites aux regards de ces détenus qui nous sont pourtant montrés sous tous les angles, et qui raconte l’impossible rêve de détenus qui en viennent selon leurs dires à vouloir "toucher tous les jours la chair d’une rose, dont la seule présence symbolise un pan de réalité.
« Or les murs » est donc ce film qui s’il parvient à nous éloigner par une forme de lyrisme de la froide distance du filmeur nous glace cependant.
Dans la salle de projection au milieu des instances administratives qui avaient contribué au financement, regardant chaque nom des organisations, regardant chaque nom de ces dirigeants d'établissement pénitentiaires, à la fin du générique défilant lentement en petites lettres blanches sur fond noir chaque spectateur assistant à la séance, ressentait une forme de tristesse qu’aucune voix fut-elle chantante ne parvenait à gommer.
Pourtant, si ce film est peu dur à regarder, la simplicité de son dispositif, la beauté de ses images vous invite à une belle réflexion sur un monde méconnu.
Car Clairvaux appelle à nous toutes les images et sons caractéristiques d’une maison d’arrêt que l’on nomme dans la terminologie carcérale : "centrale"
Centrale de Clairvaux, comme autrefois on a connu Fontevraud.
Avec une certaine ingéniosité dans son écriture filmique, Julien Sallé s’est attaqué à ce sujet difficile et très connoté, habité par les stéréotypes et les légendes.
Julien Sallé est très habile.
Tout en s’inscrivant dans les lois du genre du documentaire, il parvient cependant à en contourner ses règles et contribuer à dilater son espace narratif au point de le transformer en une fiction par quelques subterfuges : d’abord le choix de la durée de son film qui approche celle d’un long-métrage ,mais aussi l’apparition de la figure d’ un musicien compositeur - très à l’écoute de ses semblables, qui donne du sens à son histoire, celui-ci tout au long du film, va composer notes à notes, et rédiger pas à pas une sorte de chorus fondé sur les témoignages des détenus qu’il a patiemment enregistrés).
Mais ce n’est pas tout.
OR les murs » est un film poétique habité par la réalité puisqu’il se définit comme un documentaire.
Cependant, on y respire souvent l’air d’une belle fiction.
Paradoxes des vases communicants.
Echanges qui ont alimenté toute l’histoire du cinéma moderne.
Car si ce film s’amorce avec les lois du genre, on y retrouve souvent des éléments, et détails aux caractères quasiment fictionnels : détails de l’architecture carcérale, pan de pièce vides brillamment saisies entre ombre et lumière, clair-obscur, musique entrelaçant chants et voix féminines aux tessitures aériennes ; panoramiques qui décrivent de très hauts murs gris qui se déploient à l’infini, et qui finissent par nous renvoyer l’image d’une irréalité vertigineuse, irréalité à la fois fonctionnelle et fictionnelle.
En dehors de cette réalité, il en est une autre celle âpre, dure et sans appel : celle qui convoque de manière frontale et distante les témoignages de ces détenus anonymés, toujours vu de dos, le crane ras et la nuque raide, détenus aux voix monocordes qui racontent le vide et l’indicible des semaines qui passent et qui jamais ne semblent vouloir d’effacer, qui racontent l’oubli et la perte.
Que retiendrons-nous d' « OR les murs »? Documentaire aux allures de fiction si ce n’est ces images qui captent une centrale qui ressemble tellement de par ses contours et l’allongement de sa façade à l’incarnation d’une utopie du XIX.
Utopie figée dans la majesté de minuscules lumières orange qui bornent son périmètre.
Que retiendrons-nous encore « OR les murs »? ? Si ce n’est ces vues extérieures refusées et donc soustraites aux regards de ces détenus qui nous sont pourtant montrés sous tous les angles, et qui raconte l’impossible rêve de détenus qui en viennent selon leurs dires à vouloir "toucher tous les jours la chair d’une rose, dont la seule présence symbolise un pan de réalité.
« Or les murs » est donc ce film qui s’il parvient à nous éloigner par une forme de lyrisme de la froide distance du filmeur nous glace cependant.
Dans la salle de projection au milieu des instances administratives qui avaient contribué au financement, regardant chaque nom des organisations, regardant chaque nom de ces dirigeants d'établissement pénitentiaires, à la fin du générique défilant lentement en petites lettres blanches sur fond noir chaque spectateur assistant à la séance, ressentait une forme de tristesse qu’aucune voix fut-elle chantante ne parvenait à gommer.
Pourtant, si ce film est peu dur à regarder, la simplicité de son dispositif, la beauté de ses images vous invite à une belle réflexion sur un monde méconnu.
jeudi 24 septembre 2009
mercredi 23 septembre 2009
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